La rénovation et le réagencement des lieux existants

L’aménagement doit tenir compte des particularités du site, mais surtout de ses occupants. Des professionnels, architectes et designers, accompagnent les établissements qui souhaitent faire évoluer leur cadre de vie. Nous en avons rencontré deux

France Fany-Cerese

Fany Cérèse, architecte spécialisée dans les Ehpad, intervient dans les projets de transformation du cadre de vie. Elle est l’auteure d’une thèse de doctorat publiée en 2015. Son titre : « Effets d’un aménagement architectural domestique sur la qualité de vie, l’usage et la perception de l’espace dans les lieux de vie institutionnels pour personnes âgées. »

Florence Mathieu, ingénieure experte en design thinking, est la fondatrice de Aïna, un cabinet spécialiste de l’innovation par les usages pour le monde médico-social et sanitaire. Aïna aide les structures à mettre les usages au cœur de leur projet d’établissement, de rénovation et de construction. Ses armes : la force de l’empathie, de la créativité et de l’intelligence collective.

Florence Mathieu Aïna

Fany Cérèse et Florence Mathieu vous dévoilent leur méthode de travail et présentent des réalisations qui contribuent à adapter vos espaces partagés, à peu de frais.

Permettre aux résidents de se sentir chez eux en Ehpad.

Fany Cérèse
 

Méthodologie

Nous utilisons une méthode de programmation dite générative issue du programme expérimental SEPIA. Elle permet d’élaborer un cahier des charges fondé sur l’usage et pas uniquement sur les dimensions techniques ou fonctionnelles du projet. Nous considérons que les experts les mieux placés pour exprimer leurs aspirations et besoins sont ceux qui y habitent et ceux qui y travaillent. C’est pourquoi la co-élaboration du projet nous paraît à la fois riche et indispensable.

 

Pour les structures existantes, notre accompagnement commence systématiquement par une immersion dans les lieux afin d’en comprendre les dynamiques et observer les comportements des résidents, soignants, bénévoles et visiteurs au regard de la structuration de l’espace. Nous cherchons à repérer les freins et les leviers pour accompagner l’établissement à changer de paradigme ; du lieu travail dans lequel des résidents vivent vers un habitat où des professionnels travaillent. L’association entre architecte et gérontologue à cette phase amont du projet apporte de la densité. Elle permet d’interroger, par une réflexion sur l’espace les représentations et les pratiques des professionnels, point fondamental si l’on veut que les personnes puissent se sentir chez elles en établissement.

 

Mise en pratique

Comprendre les stratégies d’occupation. Expliquer pourquoi certaines places sont plus désirées que d’autres et font parfois même l’objet de conflit. Je pense notamment aux espaces de hall d’entrée des EHPAD. Nous avons pu observer qu’un réaménagement domestique du lieu crée de nouvelles possibilités dont les résidents se saisissent. Nous avions par exemple proposé d’aménager cet espace pour permettre aux résidents de retrouver leur rôle social : celui de pouvoir recevoir leurs proches, en leur offrant un thé. Nous avons donc installé en libre service une bouilloire, une boîte à thé, des tasses en porcelaine… sous le regard sceptique des professionnels (« ils sont trop dépendants, ça ne fonctionnera jamais… »). Puis au bout de quelques semaines, le directeur m’appelle pour demander : « Et qui va laver toutes ces tasses maintenant ? »

 

Mon expérience auprès d’une trentaine d’établissements m’a donné une conviction très forte. La nécessité de changer notre regard sur les personnes, en se focalisant davantage sur les compétences restantes — qui sont nombreuses — et ce, quel que soit le niveau de dépendance physique ou la sévérité des troubles cognitifs.

 

Comment penser les espaces partagés ?

La méthodologie devrait être la même que pour tout projet, structurée autour de trois questions :

 

  1. Que voulez-vous faire ?
  2. Pourquoi ?
  3. Comment pouvez-vous le faire ?

 

L’enjeu, en somme, c’est de ne pas se focaliser en premier lieu sur la question des moyens. La définition de l’ambition du projet (que voulez-vous faire ?) et des valeurs qui vont le sous-tendre (pourquoi ?) nécessite d’impliquer l’ensemble des parties prenantes. Afin de sortir de nos stéréotypes sur ce que vous imaginez être ce dont les personnes ont besoin. Considérer chaque projet comme unique, afin qu’il puisse s’intégrer pleinement dans son territoire et donc s’ouvrir à et sur celui-ci, faire sens pour les habitants, etc.

 

La co-construction du projet dans une approche itérative permet de sortir d’un modèle de duplication de solutions standardisées, de bâtir simultanément le projet de vie, le projet d’établissement et le projet architectural. À ce titre, le chapitre prospectif de la CNSA « Pour une société inclusive à tous » est un guide précieux, notamment dans son approche sémantique, et la vision domiciliaire qu’il porte. Il me semble qu’une piste intéressante de progrès repose dans dissociation de l’offre d’habitat et de celle d’accompagnement.

Identifier le vrai problème avant d’y chercher une solution.

Florence Mathieu

Genèse du projet et problème à résoudre

 

Nous avons travaillé avec un EHPAD qui se lançait dans un projet de rénovation de son bâtiment. La direction avait à cœur de le penser dans les détails afin de créer une structure au plus proche des besoins de ses usagers. Une problématique importante a notamment été identifiée par l’équipe de direction : la gestion des repères spatiaux. En effet dans cet établissement non sectorisé, à l’architecture complexe et où les résidents se restaurent dans une salle à manger commune, les résidents se perdent, par exemple pour retrouver leur chambre. Cela peut représenter une importante source d’angoisse pour certains résidents, notamment les premiers jours ou pour ceux avec des troubles cognitifs. Cela peut s’avérer complexe pour tout nouvel arrivant, visiteur ou intérimaire. Aujourd’hui, ce problème se traduit par des résidents qui n’arrivent pas à remonter seuls dans leurs chambres ou par de nombreuses affichettes rajoutées dans les couloirs afin d’aider à la circulation au sein du bâtiment.  

 

Nous avons présenté à l’appel à projets de la CNSA « Innovation par le design » la problématique suivante : comment améliorer les repères en EHPAD pour une meilleure qualité de vie des résidents ? Nous devions accompagner cet établissement dans sa recherche de solutions concrètes en utilisant une approche de design à la question des repères spatiaux, mais aussi temporels, humains et de sens.

 

Comment Florence a identifié précisément le problème

 

Dans l’approche que nous avons chez Aïna — l’innovation par les usages ou design thinking — nous passons au départ beaucoup de temps à identifier le vrai problème et les besoins pas toujours exprimés avant de trouver des solutions. Pour améliorer la question des repères spatiaux, nous avons commencé par mener des entretiens avec des résidents et des soignants. Nous avons aussi observé les situations. 

 

Par exemple, en suivant des résidents atteints de troubles cognitifs sur leur trajet « chambre – salle à manger » afin d’identifier à quel endroit ils se trompaient, ce qui attirait leur attention, ce qui gênait leurs prises de repères. Cette observation nous a fait comprendre qu’une des grandes difficultés se manifestait dans l’identification de son étage. Beaucoup de résidents arrivaient à trouver la direction de leur chambre une fois sortie de l’ascenseur, mais certains sortaient souvent au mauvais étage générant ainsi beaucoup d’angoisse. 

 

Nous avons utilisé un simulateur de vieillissement et nous nous sommes mis en fauteuil roulant afin d’identifier les éléments qui permettent de se repérer dans le bâtiment. Cela nous a permis par exemple d’identifier l’importance des « grosses masses ». Lorsque l’on souffre de troubles visuels, on est plus sensible à une modification d’un volume et du mobilier qu’à un changement de couleur. Enfin, dans une approche empathique et afin d’explorer la perte de repère d’un résident lorsqu’il arrive dans son nouveau lieu de vie, nous nous sommes immergés 3 jours dans l’établissement. Nous avons dormi et mangé avec les résidents.  

 

Comment la signalétique contribue au travail des soignants 

 

Une bonne gestion des repères spatiaux en établissement a un impact fort sur les équipes, les résidents et les visiteurs. Elle rassure les résidents qui peuvent être plus autonomes et libérer du temps pour les équipes. Cela permet aussi de faciliter le travail des soignants : gain de temps au quotidien lors des déplacements et réactivité dans un moment de stress. Une bonne signalétique facilite l’orientation des personnes intérimaires qui découvrent un nouveau lieu de travail. Se déplacer dans un lieu où l’on se repère bien permet d’apporter fluidité et bien-être à tout le monde.

 

 

Comment améliorer la signalétique facilement

 

Un élément qui est ressorti de notre étude : la signalétique apparait essentielle dans un bâtiment grand où tout se ressemble. Mais pour qu’elle apporte une aide réelle, il faut qu’elle respecte plusieurs principes :

 

1. Elle doit être continue, sans ruptures. Si on arrive à une intersection où la signalétique disparaît, on crée une zone où l’on se perd. 

2. Elle doit être adaptée aux troubles de la vue que l’on peut avoir avec l’âge. Elle doit être contrastée, lisible, sur un fond neutre. 

3. Son positionnement est aussi essentiel : elle ne doit pas être trop haute, car les personnes voûtées ne la verront pas. Elle est particulièrement adaptée quand elle est à mi-hauteur ou sur le sol. 

4. Une bonne signalétique ne suffit pas. Bien se repérer, sur le long terme, passe par une multitude de facteurs. Le plus important consiste à créer des repères distinctifs, forts, multi-sensoriels et nommables sur l’ensemble des parcours dans un bâtiment. Une statue ou une cage à oiseau servira plus de repère pour retrouver son étage qu’une couleur de mur différente.

 

Vous pouvez prendre une analogie avec la façon dont vous vous repérez dans une ville. Les premières fois, vous regardez les panneaux de signalisation, les numéros de rues et s’ils font défaut, vous éprouverez des difficultés à vous repérer. Lorsque vous êtes passé plusieurs fois au même endroit, les panneaux de signalisation sont oubliés. Ce qui va permettre de vous repérer ce sont alors des éléments distinctifs forts : une place avec un bel espace vert, une grosse boulangerie fait l’angle, passer devant une grande église. Créer ce type de repères distinctifs, de façon cohérente et en lien avec le vocabulaire des équipes est essentiel pour créer des espaces fluides et agréables à vivre dans les établissements. 

 

Un rapport complet présentant nos observations et les solutions à mettre en place sera disponible sur le site de la CNSA très prochainement.  

Nos experts ont souligné l’importance de permettre aux résidents de se sentir chez eux en EHPAD. Cela passe indéniablement par le fait d’y conserver ses petites habitudes quotidiennes, des moments gourmands aux prestations de bien-être. Il existe d’ailleurs des solutions clé en main qui leur permettent de ne pas rompre avec ces rituels, tout en simplifiant le quotidien des soignants. Nous en avons développé une pour vous

 
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